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Biographie de Ron Hubbard, fondateur de la Scientologie

Voici une biographie de Ron Hubbard écrite par J. Gordon Melton, diplômé d'histoire et de littérature religieuse de la Northwestern University, directeur de l'Institute for the Study of American Religions et de l'Encyclopedia of American Religions. Cette biographie est particulièrement intéressante parce qu'elle est la première à n'avoir été écrite ni par l'Eglise de Scientologie, ni par un journaliste ou un ex-adepte ayant des comptes à régler avec la scientologie ou cherchant le succès à travers la presse à sensation.

Jeunesse

Lafayette Ronald Hubbard (1911/1986), fils de Harry Ross Hubbard, officier dans la Marine américaine, et de Ledora May Waterbury, naquit dans le Middle West rural, à Tilden, dans le Nebraska.

Six mois après sa naissance, la famille quitte le Nebraska pour l'Oklahoma, séjourne quelque temps dans le Montana pour enfin s'installer dans un ranch près d'Helena. Cette région est encore totalement sauvage à l'époque et le jeune Hubbard apprend très tôt à monter à cheval. S'étant lié d'amitié avec les Indiens Blackfoot de la région, il devient leur frère de sang à l'âge de six ans (Les Indiens Blackfoot organisèrent une cérémonie pour commémorer le soixante dixième anniversaire de cet événement. Voir à ce sujet la lettre de C. EMERSON FISHER, en date du 27 août 1985, dont une copie est conservée dans l'American Religions Collection, Davidson Library, Université de Californie, Santa Barbara).

Après quelque cinq années passées dans le Montana, la famille déménage de nouveau pour s'installer, en octobre 1923, à Washington D.C. C'est au cours de ce voyage vers la côte Est que le jeune Hubbard, alors âgé de douze ans, fait une rencontre mémorable avec Joseph « Snake » Thompson, commandant dans la Marine américaine. Pendant les deux mois qui suivent, Thompson qui avait été en contact avec Sigmund Freud et qui avait figuré parmi les premiers à étudier sa nouvelle psychologie fait découvrir au jeune Hubbard l'interprétation des rouages de l'esprit humain par la psychologie des profondeurs. Une découverte qui donne au jeune homme l'envie d'aller plus loin dans l'étude de ces domaines (Comme preuve des relations régulières de Thompson avec Freud, il existe une intéressante carte postale retrouvée parmi les archives de Freud conservées à la Bibliothèque du Congrès (Washington). Thompson y est remercié pour avoir envoyé à son mentor une « charmante photographie de trois beautés devant l'océan Pacifique [carte postale de SIGMUND FREUD à joseph Thompson, 27 juillet 1923, Bibliothèque du Congrès, copie conservée dans l'American Religions Collection, Santa Barbara]).

En mars 1925, Hubbard retourne dans la ferme familiale du Montana, qu'il quitte au cours de l'été 1927 pour son premier voyage à l'étranger. Durant ce voyage, il fait de brèves escales à Hawai, au japon, en Chine (y compris à Hong Kong), aux Philippines et enfin sur l'île de Guam, où, pendant quelques semaines, il fréquente les Indiens Chamorros en tant qu'instituteur.

De retour pour sa dernière année au lycée d'Helena, il y commence sa carrière d'écrivain en rédigeant des articles pour le journal de l'école (dont plusieurs récits sur son voyage d'été). Il devient aussi le directeur de ce journal. En 1928, il repart pour un plus long périple en Orient. Pendant quatorze mois, il sillonne les rivages de la Chine (se rendant au moins une fois dans l'intérieur du pays), du japon, des Philippines, de l'Indonésie. Il sert aussi, pour quelque temps, comme homme de barre et navigue à bord d'une goélette à deux mâts. En septembre 1929, à son retour, il entre pour terminer ses études secondaires au lycée privé Swavely de Manassas en Virginie (février 1930), puis à la Woodward School pour garçons de Washington (juin 1930).

Après avoir obtenu son baccalauréat, Hubbard quitte Woodward pour s'inscrire à l'université George Washington (GWU) à l'automne 1930. Il y mène une vie d'étudiant assez mouvementée : il est chanteur et scénariste pour la station de radio locale, écrit des pièces de théâtre, tout en suivant un cours de physique subatomique.

L'aviation étant très populaire à l'époque, Hubbard apprend à piloter, devient un pilote accompli et président du club d'aviation de la GWU. Sa passion pour l'aviation lui vaut bientôt son premier article rémunéré, « Tailwind Willies », pour le journal Sportsman Pilot (janvier 1932).

Il enchaîne aussitôt après avec la publication de ses premières fictions, « Tah » et « Grounded » (parues respectivement dans The University Hatchet en février et avril 1932). Vers la fin de l'année universitaire, il remporte le prix littéraire de la GWU pour sa pièce en un acte intitulée « The God Smiles ».

Si l'écriture a été l'un de ses premiers talents à se manifester, les voyages qu'il a effectués durant son adolescence l'ont préparé à une autre activité d'importance : l'exploration. Il a à peine plus de vingt ans lorsque, en 1932, il organise un circuit de deux mois et demi dans les Caraïbes, avec plus de cinquante étudiants, qu'il dirige sur une goélette à quatre mâts de soixante mètres. Il est à noter qu'une équipe de scientifiques s'est jointe à la croisière pour rassembler une sélection de plantes et d'animaux tropicaux qui, plus tard, seront confiés à l'université du Michigan.

Peu après son retour, Hubbard repart pour les Antilles afin d'y effectuer un relevé minéralogique dans le nouveau territoire américain de Porto Rico.

Pourtant, il quitte l'Université après seulement deux années d'études et se marie en 1933. A ses yeux, il est temps de s'installer, de gagner sa vie. Or, les magazines populaires proposent du travail. Sa première nouvelle, « The Green God », paraît dans Thrilling Adventures en février 1934.

Hubbard écrit rapidement (un don que d'autres auteurs, par la suite, ne cesseront de lui envier) et enchaîne les récits sous toute une série de pseudonymes très originaux (Winchester Remington Colt, Bernard Hubbel, René Lafayette, Scott Morgan, Kurt von Rachen et John Seabrook). C'est une pratique alors très répandue chez les éditeurs de magazines populaires. Bien qu'ils ne puissent compter que sur quelques bons auteurs, ils donnent ainsi l'impression de disposer d'une équipe très importante.

Vers le milieu des années trente, Hubbard écrit différents genres de nouvelles pour les magazines, allant du western à un fantastique mêlé de surnaturel. Son premier roman, « Buckskin Brigades », paraît en 1937. La même année, Columbia Pictures, l'une des grandes compagnies cinématographiques, achète les droits d'adaptation de son second roman, « Murder at Pirate Castle », et Hubbard part s'installer à Hollywood pour quelques mois afin de travailler sur le scénario. De son roman sera tiré un feuilleton diffusé sur les écrans sous le titre « Secret of Treasure Island ». Hubbard reste en Californie pour travailler sur deux autres séries produites par la Columbia, « The Mysterious Pilot » et « The Adventures of Wild Bill Hickok », ainsi que sur « The Spider Returns », l'une des premières aventures de super héros produites par la compagnie Warner Brothers.

A New York, peu après son retour de la côte Ouest, il entre en contact avec les éditeurs de Astounding Science Fiction. Tout en continuant à pratiquer d'autres genres, il va désormais établir ta renommée à travers la science-fiction (et les domaines très proches du fantastique et de l'horreur), devenant l'une des figures les plus remarquables de cette première génération d'écrivains qui furent à l'origine de la science-fiction d'aujourd'hui. Quelques années plus tard, Hubbard se lie d'amitié avec l'éditeur de Astounding, John W. Campbell Jr., pour lequel il écrit une nouvelle intitulée « The Dangerous Dimension », qui paraît dans le numéro de juillet 1938. Hubbard collabore aussi très régulièrement à Unknown, magazine de Campbell consacré au fantastique, qui publie l'une de ses plus grandes oeuvres de fiction,« Fear », dans le numéro de juin 1940. Il s'impose très rapidement dans le milieu des écrivains de littérature populaire et est d'ailleurs élu président de la section de New York de 1'American Fiction Guild. C'est l'époque où il est de plus en plus sollicité par de jeunes écrivains débutants qui lui demandent aide, conseils et encouragements.


La période de la guerre

Bien qu'il passât l'essentiel de son temps à écrire, Hubbard ne perdit jamais son goût de l'aventure. Alors que la guerre fait rage en Europe, il trouve de nouveaux exutoires pour le satisfaire. En 1940, il est élu membre de l'Explorers Club (En 1970, un officier de l'Explorers Club écrivait à propos de Hubbard : « Sa grande expérience de la cartographie aérienne dans pratiquement tous les types de conditions fut l'un des nombreux facteurs qui firent pencher en faveur de son admission au club. On lui doit le premier relevé minéralogique complet de Porto Rico en 19321933 ; des vols de reconnaissance à travers les État-Unis pour aider au remembrement et à la collecte d'informations; une expédition aux Caraïbes qui a procuré des données utiles au Bureau hydrographique et à l'université du Michigan. En 1940, il se rendit en Alaska en vue d'écrire le manuel US Coast Pilote: Alaska, Part I, et pour étudier une nouvelle méthode de radioguidage impliquant un nouveau type d'antenne, un autre calcul mathématique et de nouveaux instruments » [lettre de MARIE E. Roy, 4 février 1970, copie conservée dans l'American Religions Collection, Santa Barbara]).

En juin de cette même année, il prend la tête de l'« Expédition radiophonique expérimentale en Alaska ». Son groupe établit le relevé topographique de la côte en remontant vers le Nord, depuis Seattle jusqu'à la grande corne de l'Alaska, pour le compte du service des relevés hydrographiques de l'US Navy. Le groupe procède également à une série d'expériences de radioguidage et se livre à une étude anthropologique des indigènes de la région. Lorsque son expédition prend fin, en décembre, le Bureau d'inspection et de navigation maritime des États-Unis lui décerne un permis de « maître de vaisseaux à vapeur et à moteur ». Trois mois plus tard, il reçoit son permis de « maître de vaisseaux à voile » pour tous les océans.

Hubbard est nommé lieutenant de réserve (junior) au sein de la Marine des États-Unis vers la fin du mois de juin 1941. Il est appelé au service actif à la suite de l'attaque contre Pearl Harbor et affecté aux Philippines. Celles-ci tombent peu après aux mains des Japonais. La guerre, pour Hubbard, commence dans les services de renseignement de la Marine en Australie. Durant la guerre, il fut également commandant du vaisseau escorteur YP 422 à Boston, commandant du chasseur de sous-marins PC 815 dans le Pacifique Nord et officier de navigation à bord du vaisseau USS Algol. Il semblerait que le PC 815 ait coulé un sous-marin japonais au large de l'Oregon. Ce fait n'a été établi que récemment. Le gouvernement américain, en effet, se refusait à admettre que les japonais opéraient effectivement au large de la côte Ouest des États-Unis pendant la guerre. Blessé, Hubbard passa les dernières années de la guerre à l'hôpital naval d'Oak Knoll, à Oakland, en Californie (Hubbard quitta l'armée en février 1946 avec à son actif vingt et une citations, lettres de recommandation et décorations. Il convient de noter que les détails de la carrière navale de Hubbard ont été contestés par des critiques de l'Eglise de Scientologie. Ces derniers s'appuient sur une copie de l'ordre de démobilisation de Hubbard détenue par le ministère des Anciens Combattants et à laquelle on peut avoir accès grâce au Freedom Information Act, la loi américaine qui donne accès à certaines archives gouvernementales. Cette copie mentionne quatre décorations et lettres de recommandation, au lieu de vingt et une. L'Eglise a répondu en produisant dans un certain nombre de procès les deux originaux conservés dans ses archives ainsi que les témoignages écrits d'experts militaires expliquant les raisons pour lesquelles des différences peuvent apparaître entre un ordre original de démobilisation et la copie conservée par le ministère des Anciens Combattants ; dans ce cas, c'est l'original qui doit prévaloir).

Durant sa convalescence, il prit le temps de réfléchir aux grandes questions relatives à l'esprit humain. Il aida ainsi d'autres blessés dont la guerre avait perturbé l'état mental. Son séjour à Oak Knoll lui fournit l'occasion de se pencher de façon plus systématique sur les problèmes du genre humain (Selon Hubbard, de concert avec l'aide qu'il apporta à ses compagnons de convalescence à Oak Knoll, deux événements antérieurs déterminèrent la trajectoire qui le mena à la Dianétique. A l'Université, il s'était intéressé à la nature de la poésie et s'était demandé pourquoi elle nous touche différemment de la prose. En l'occurrence, le plus intéressant ne réside pas tant dans le résultat que dans l'approche qu'il adopta pour trouver la réponse. Il utilisa un photomètre de Koenig (appareil qui montre les schémas vocaux lorsqu'il est maintenu contre le diaphragme) et obtint des graphiques des deux modèles de vibrations. Il se posa alors la question de savoir comment l'esprit peut répondre à des modèles différents. Puis Hubbard écrivit en 1938 un article, « Excalibur », dont la conclusion exprimait une idée qui allait devenir un principe fondamental de la Dianétique et de la Scientologie: tout ce qui concerne la vie est orientée vers la survie).

A la suite de sa démobilisation en février 1946, Hubbard reprit la vie qu'il menait avant la guerre, du moins en apparence. Son premier mariage ayant pris fin, il se remaria et revint à sa carrière d'écrivain. Il produisit rapidement une multitude de récits, dont certains, comme « Doc Methuselah », série de sept nouvelles, connurent un succès durable. Publiée initialement dans le magazine Astounding Science Fiction sous son nom de plume de René Lafayette, cette série a été récemment rééditée sous la forme d'un volume unique. Le héros de ces nouvelles est un « Soldat de Lumière » âgé de sept cents ans qui traverse la galaxie en accomplissant des miracles médicaux. Bravant les codes éthiques de sa profession, il s'implique dans certaines aventures de politique interplanétaire.

Tout de suite après la guerre, en décembre 1945, alors qu'il est encore en service, Hubbard traverse l'un des plus étranges épisodes de sa longue vie en s'impliquant dans les activités de l'Ordo Templi Orientis (OTO). L'OTO, groupe de magie rituelle, est alors dirigé par le vieil Aleister Crowley (18751947), le fameux ou tristement célèbre, si l'on préfère occultiste anglais. Ce groupe pratiquait ce qu'il appelait de la « vraie magie » (par opposition à la magie de scène ou prestidigitation). Le rituel secret du groupe incluait des pratiques sexuelles destinées à stimuler les énergies magiques. Après la Seconde Guerre mondiale, une Loge Agapé de l'OTO fut créée à Pasadena en Californie, et un certain Parsons (1914/1952), expert en explosifs et figure importante du California Institute of technology (Cal Tech), s'affirma comme le leader de ce petit groupe. Peu après sa sortie d'Oak Knoll, Hubbard se présenta au siège de I'OTO à Pasadena.

Selon des documents publiés par l'OTO, Parsons se prit immédiatement d'amitié pour Hubbard au point de l'inviter à participer au travail du groupe, bien que Hubbard eût refusé d'en devenir membre. Alors qu'il n'avait jamais été formellement initié, Hubbard aida Parsons dans plusieurs opérations de magie. Il devait déclarer plus tard qu'il avait agi dans le cadre de sa mission pour les services secrets. Pour une raison inconnue, au début de l'année 1946 Parsons et Hubbard eurent un différend. Parsons prétendit que Hubbard l'avait persuadé de vendre la propriété de la Loge Agapé et s'était ensuite enfui avec l'argent grâce à l'aide de Betty, la belle-soeur de Parsons. Hubbard réapparut au large des côtes de Floride sur un voilier récemment acquis. Parsons le poursuivit et, le 5 juillet 1946, une confrontation eut lieu. Hubbard avait pris la mer à 5 h de l'après-midi. A 8 h du soir, Parsons procéda à une invocation magique de « Bartzabel ». A cet instant, une rafale de vent soudaine frappa le navire, déchira les voiles et força Hubbard à rentrer au port. Parsons put alors récupérer une petite partie de l'argent.

Hubbard a toujours nié avoir eu de la sympathie pour l'OTO (c'est aussi la version de l'Église de Scientologie). Il a déclaré qu'en sa qualité d'officier de renseignement, il avait été envoyé pour sonder Parsons et la Loge. L'immeuble qui servait de siège à la Loge abritait aussi un certain nombre de physiciens nucléaires qui travaillaient au Cal Tech (ces hommes figureront parmi les soixante-quatre physiciens qui seront plus tard limogés par le gouvernement pour atteinte à la sécurité). Hubbard affirma que grâce à ses efforts, ce siège avait pu être fermé, et une fille sauvée du groupe, lequel avait fini par être dissout.

Ces deux versions sont plausibles et correspondent sans doute à la façon dont les événements se sont déroulés. Bien évidemment, Hubbard n'allait pas révéler à Parsons qu'il « enquêtait » secrètement sur ses activités. Ces événements sont sans doute à l'origine de certaines accusations selon lesquelles Hubbard aurait partiellement fondé les enseignements de la Scientologie sur ceux de Crowley. Toutefois, il faut noter que, quels qu'aient pu être les rapports entre Hubbard et Parsons, les enseignements de l'Église de Scientologie sont très éloignés de ceux de Crowley. Les pratiques de l'Église ne présentent aucune ressemblance qui pourrait indiquer une quelconque influence de l'OTO (Des opposants à l'Eglise de Scientologie se sont évertués à montrer que les enseignements de Dianétique et de Scientologie s'inspirent d'autres sources. Il est vrai qu'il existe de nombreux points de convergence entre les enseignements de Hubbard et différentes idées et pratiques ayant existé ça et là. A l'heure actuelle, il est très difficile de distinguer entre les aspects de la Dianétique que Hubbard aurait empruntés à des sources antérieures pour les incorporer à son système, d'une part, et ceux qui lui appartiennent en propre, d'autre part. L'originalité des travaux de Hubbard tient surtout à son talent pour faire la synthèse d'éléments disparates dans un système cohérent).

En dehors de cet épisode de l'OTO, si l'on considère l'émergence du mouvement Dianétique et de l'Église de Scientologie, il paraît évident qu'après la guerre Hubbard s'est investi dans une recherche personnelle visant à découvrir une « technologie » applicable à l'esprit humain. Pour définir une nouvelle approche du problème, il cherchait à résumer tout ce qu'il avait lu et appris.

En 1948, il coucha pour la première fois ses pensées par écrit dans un petit livre appelé « La Thèse originelle » (The Original Thesis), qui circula d'abord dans un cercle d'amis. Ce livre contenait déjà ses conclusions de fond sur la nature des «aberrations» humaines et sur la façon de les traiter grâce à une technique appelée audition. L'intérêt porté par son cercle d'amis à ses idées amena Hubbard à publier deux articles sur la Dianétique le premier, intitulé « Terra Incognita : The Mind », parut dans l'Explorers Club Journal (hiver 1948/printemps 1950) ; le second, qui eut plus d'influence, dans le magazine Astounding Science Fiction (L'article Dianetics : The Evolution of a Science parut dans le numéro de mai 1950 de Astounding Science Fiction. Le directeur de la revue, Campbell, fut pendant plusieurs années l'un des principaux partisans de la nouvelle approche par Hubbard de la santé mentale).

L'accueil favorable réservé à « La Thèse originelle » le pousse alors à écrire un livre plus complet sur le sujet, intitulé « Dianetics : The Modern Science of Mental Health » (La Dianétique . la puissance de la pensée sur le corps), dont la publication, le 9 mai 1950, est considérée par les scientologues comme un tournant du XX siècle. L'apparition de la Dianétique a, selon eux, marqué le début d'une nouvelle ère d'espoir pour l'humanité.

Dès le mois suivant, le livre de Hubbard est inscrit dans la liste des best-sellers du New York Times, sur laquelle il figure jusqu'à la fin de l'année. Pendant ce temps, Hubbard fonde la Hubbard Dianetics Research Foundation à Elizabeth, dans le New Jersey. Il y donne des cours à ceux qui désirent apprendre à devenir « auditeurs » de Dianétique (selon l'étymologie latine du terme, l'auditeur est une personne qui se tient à l'écoute des problèmes d'autrui). Il prononce également une série de conférences à travers le pays pour expliquer les principes présentés dans son livre.

Du jour au lendemain, Hubbard devient le leader d'un mouvement populaire qui se développe à une vitesse totalement inattendue. Afin de répondre aux personnes qui veulent en savoir plus ou désirent être « auditées », il se trouve dans l'obligation immédiate d'assurer une formation pour les futurs auditeurs. En effet, les gens achetaient son livre et « s'auditaient » mutuellement en suivant les instructions qui y figuraient. Hubbard organise donc une série de conférences de formation et veille à ce que les notes de son « Cours professionnel » (novembre 1950) soient transcrites et publiées.

Au cours de l'année 1951, il intensifie ses efforts pour canaliser ce mouvement en plein essor. Il augmente le nombre de ses conférences publiques, mais se consacre surtout à la formation des auditeurs. Il trouve également le temps d'écrire deux nouveaux livres importants « Science of Survival » et « Self-analysis ». Mais cette année-là, la nouveauté la plus importante pour la Dianétique fut probablement l'introduction de l'électro-psychomètre ou électromètre. Mis au point par Volney Matheson suivant des croquis de Hubbard, ce petit instrument mesure les réactions émotionnelles grâce à un courant électrique de très faible intensité. Pour les scientologues, les changements enregistrés par l'électromètre mesurent les changements qui se produisent dans le mental et indiquent ce que fait le mental du « Préclair » (à savoir celui qui suit le chemin de l'audition) lorsqu'on demande à ce dernier de penser à quelque chose. Ces indications doivent être interprétées par un auditeur entraîné. L'électromètre a donné à la Scientologie un moyen de mesurer les résultats obtenus par l'audition (L'électromètre a souvent été comparé à un détecteur de mensonges mais il s'agit là d'une comparaison trompeuse. Leur point commun est un pont de Wheatstone [du nom du physicien britannique], mais les deux instruments ont été conçus à des fins différentes).

Ceux que la lecture de la Dianétique avait inspirés ne rejoignirent pas tous la Fondation. On vit apparaître un grand nombre d'organisations présentant chacune sa variante propre des idées et pratiques de Hubbard.

C'est à cette époque que ce dernier, en poursuivant ses propres recherches, se trouva confronté au phénomène des vies antérieures. Durant toute la première moitié de l'année 1951, le sujet de la réincarnation fit l'objet d'âpres discussions au sein du Conseil d'administration de la Fondation. En juillet, certains membres du conseil cherchèrent à faire passer une résolution visant à bannir le sujet tout entier.

Au nombre de ceux qui étaient pour cette résolution figurait John Campbell, qui avait soutenu Hubbard depuis la publication de l'article sur la Dianétique dans son magazine, et le Dr Joseph Winter, un médecin qui avait écrit un livre sur la Dianétique et avait espéré la voir acceptée par ses pairs. Ces changements au sein des membres de l'équipe entraînèrent un changement des statuts de l'organisation elle-même. En 1952, Hubbard fonda la Hubbard Association of Scientologists (à laquelle viendra s'ajouter plus tard l'adjectif « International ») pour disposer d'une structure juridique plus durable. Il lança aussi le « Journal of Scientology » afin de tenir les adeptes au courant de l'évolution du mouvement et de son expansion. Il fit régulièrement paraître une série de publications techniques pour renforcer la formation des auditeurs et les tenir informés de ses dernières découvertes.

L'apparition du terme Scientologie soulignait l'émergence de quelque chose de nouveau dans le mouvement fondé par Hubbard. La Dianétique se concentrait sur le mental, considéré comme un mécanisme qui reçoit, enregistre et emmagasine les images d'expériences vécues. Au cours des années qui suivirent la publication de La Dianétique, et tout en se consacrant à la formation des auditeurs, Hubbard cessa d'accorder son attention au mental en lui-même pour s'intéresser à l'entité qui observait les images stockées par le mental. Cette entité qu'il appela thétan, par référence a la lettre grecque thêta, symbole de la pensée ou de la vie, était très proche de ce que les autres religions avaient appelé âme ou esprit.

De toute évidence, Hubbard s'aventurait sur le terrain de la théologie, adoptant un point de vue proche des religions orientales, notamment dans son acceptation des vies antérieures.

Avec le développement d'une compréhension plus globale de l'être humain, qui prenait en compte la place de l'humanité au sein du cosmos, la Scientologie allait marquer l'entrée du mouvement dans le domaine de la religion.

Vers 1954, les étudiants de Dianétique et de Scientologie considéraient déjà la Scientologie comme leur religion. Personne ne fut donc surpris lorsqu'en février 1954, certains des partisans de Hubbard agissant indépendamment de lui mais, à coup sûr, avec sa bénédiction fondèrent la première Église de Scientologie locale.

Tandis que le mouvement se développe rapidement aux Etats-Unis, la Dianétique trouve un nouveau public à l'étranger. Vers la fin de l'année 1952, à l'occasion d'un premier voyage en Angleterre, Hubbard rencontre un groupe de personnes qui utilisent déjà son livre. En ouvrant un centre de formation à Londres, il découvre que l'Angleterre n'est pas une exception : ses enseignements rencontrent le même accueil dans tout le monde anglophone, depuis l'Irlande jusqu'à l'Australie en passant par l'Afrique du Sud. Il y a même des étudiants passionnés en Israël.

La seconde Église de Scientologie locale ne fut donc pas ouverte à Chicago ou à New York, mais à Auckland, en Nouvelle-Zélande.

En mars 1955, Hubbard quitte la côte Ouest, s'installant à Washington, où l'Eglise fondatrice de Scientologie se montre active. Il en devient le directeur général. Dans cette position, il commence à mettre au point les procédures administratives de l'Eglise. Il crée également un centre de distribution pour superviser la publication et la diffusion des ouvrages de Dianétique et de Scientologie (l'ancêtre de l'éditeur Bridge Publications).

La progression internationale de la Scientologie durant la dernière moitié des années cinquante fut couronnée par l'ouverture de l'Eglise de Johannesburg, en Afrique du Sud (1957), et de celle de Paris (1959), première Église dans un pays non anglophone.

Le siège international fut transféré en Angleterre, dans le manoir de Saint Hill, qui avait été acheté à East Grinstead, dans le Sussex. Hubbard allait y vivre pendant les sept années suivantes. Néanmoins, avant de s'y installer pour de bon, il « boucla » la décennie par une tournée mondiale, marquée par des séjours en Grèce et en Inde, ainsi que par une série de conférences à Melbourne et à Londres. La nouvelle décennie semblait devoir commencer sur une note optimiste, mais en réalité les nuages annonciateurs d'une tempête s'étaient amoncelés. Un véritable déluge s'apprêtait à s'abattre sur la jeune Église.

L'affrontement avec les pouvoirs publics

Lorsque Hubbard commença à diffuser ses idées sur l'esprit, son fonctionnement et les implications que cela pourrait avoir pour la médecine, il offrit le fruit de ses recherches à la fois à l'American Psychiatric Association et à l'American Medical Association. Mais il ne put que constater leur indifférence. Elles refusaient de considérer la Dianétique comme quelque chose de sérieux (Plus tard, Hubbard évoquera ce souvenir de la façon suivante: « L'AMA ne m'écrivit qu'un seul mot: "Pourquoi ?" et 1'APA me répondit: "Si cela a une quelconque valeur, nous en entendrons parler dans quelques années" » [cité dans Ron the Philosopher: The Rediscovery of the Human Soul, L. Ron Hubbard Library, Los Angeles, 1996, pp. 1415]).

L'approche de Hubbard ne correspondait pas aux principes de la psychiatrie de cette époque et l'American Medical Association voyait d'un très mauvais oeil les profanes susceptibles de s'immiscer dans ses rangs et de proposer des recettes magiques. Elle était
depuis longtemps habituée à examiner de telles propositions, qu'elle déclarait sans intérêt. En fait, dès la publication de la Dianétique, Hubbard se retrouva face à un opposant de taille, le Dr Morris Fishbein, connu pour ses prises de position sur le charlatanisme, lequel fustigea le livre.

Avec la création de l'Eglise fondatrice de Scientologie à Washington, tous les ingrédients furent réunis pour la prochaine confrontation. En effet, Washington était également le siège de la Food and Drug Administration (FDA), l'agence fédérale chargée de garantir la qualité des aliments et des médicaments. Bien que la présentation de la Dianétique en 1950 ne l'ait pas spécialement intéressée, l'introduction de l'électromètre et la revendication d'améliorations dérivant de l'audition, attirèrent son attention. L'agence tenait peut-être quelque chose pouvant s'apparenter à une revendication médicale non fondée. Une enquête fut ouverte.

L'attention de la FDA n'avait pas été attirée par pur hasard. Au fur et à mesure que l'Eglise ouvrait ses différentes congrégations, chacune recevait tout naturellement sa lettre d'exonération fiscale. Pourtant, en 1958, le fisc commença à remettre en cause ce statut. L'Eglise de Scientologie ne ressemblait pas aux Églises traditionnelles et le langage qu'elle utilisait pour décrire ses activités n'était pas courant. Le premier retrait du statut d'exonération fiscale (qui s'accompagnait d'une demande rétroactive des arriérés d'impôts) déclencha toute une série d'appels, d'enquêtes et de litiges qui allaient durer un quart de siècle, situation à laquelle l'Internal Revenue Service (le fisc américain) n'avait jamais eu à faire face sur une si longue période.

La mise en cause de la nature religieuse de l'Eglise (seule manière de fonder le refus de l'exonération fiscale) allait avoir des effets dramatiques. En effet, de nombreux rapports furent envoyés à d'autres administrations. Il ne fait aucun doute aujourd'hui qu'ils étaient liés à d'autres actions entamées contre l'Eglise, actions n'ayant à priori rien à voir avec les questions fiscales. Ainsi, le 4 janvier 1963, des agents de la FDA perquisitionnèrent le siège de l'Eglise fondatrice de Scientologie et mirent sous scellés tous les électromètres et des milliers de livres et de brochures publiés par l'Eglise. Huit années seront nécessaires pour qu'un jugement reconnaisse finalement que l'électromètre était bien un « objet religieux » légitime et pour que l'Eglise puisse récupérer toute la littérature lui appartenant.

Peu après, des documents liés à l'action de l'IRS viennent alimenter des actions menées par les autorités anglaises et australiennes. Dans le cas de l'Australie, dès octobre 1962 le psychiatre E. Cunningham Dax, directeur du Service de la santé mentale (Mental Health Authority) de l'Etat de Victoria, avait recommandé de restreindre l'action de la Scientologie en lui interdisant, par exemple, l'accès à la publicité. Il trouve des alliés en la personne du ministre du Travail J.W. Galbally et de Kevin Anderson, un avocat influent. Ce dernier prépare un rapport exhaustif qui conduit en 1965 le gouvernement de l'Etat de Victoria à voter la loi sur les pratiques psychologiques. Elle interdit la pratique de la Scientologie, l'utilisation de son nom et la diffusion de ses enseignements. Deux autres États, l'Australie méridionale et l'Australie occidentale, imitent bientôt l'Etat de Victoria. Au début de l'année 1969, les Églises de Scientologie de Melbourne, Sydney, Perth et Adélaide se réorganisent sous le nom d'Eglise de la Nouvelle Foi (Church of the New Faith) pour poursuivre leur travail. Le premier retournement de situation se produit en 1969 avec la décision de la Haute Cour d'Australie occidentale, qui déclare anticonstitutionnelle la loi contre la Scientologie. La loi est officiellement abrogée en 1973 dans les deux États mentionnés plus haut, mais il faudra encore deux décennies pour éliminer toute trace de législation hostile. Dans l'Etat de Victoria la loi est abrogée en 1982 et, l'année suivante, la Haute Cour d'Australie, par une décision à l'unanimité, déclare que la Scientologie (toujours active sous le nom d'Eglise de la Nouvelle Foi) est, sans l'ombre d'un doute, une religion à part entière et a droit à l'exonération fiscale. La décision finale mentionne spécifiquement un certain nombre d'objections portées contre le statut religieux de l'Eglise et les réfute. Au cours des années suivantes, l'exonération fiscale est accordée à l'Eglise dans tous les États australiens.

C'est en 1968 que le Royaume-Uni déclenche son offensive contre l'Eglise, qui avait agrandi son siège d'East Grinstead, Saint-Hill, pour y implanter un centre de formation supérieure. Le ministère de la Santé interdit l'entrée du territoire anglais aux étrangers qui viennent étudier ou travailler à Saint-Hill. Une étude minutieuse de la situation réalisée par Sir John Foster recommande une levée de la mesure en 1971, mais il faudra attendre l'année 1980 pour la voir officiellement supprimée (En France, quatre scientologues ont été jugés et condamnés [dont trois par contumace, y compris Hubbard] pour fraude en 1978. Mais en 1980, cette décision a été annulée par la cour d'appel de Paris par l'un des jugements. Le mouvement français antisectes a cependant poursuivi ses attaques contre l'Eglise. Plus tard, la substance de ces attaques a été intégrée au rapport parlementaire Les Sectes en France [Les Documents d'information de l'Assemblée nationale, Paris, 1996]. Pour une critique de ce rapport, cf. M. INTROVIGNE J. GORDON MELTON [sous la dir. de], Pour en finir avec les sectes. Le débat sur le rapport de la commission parlementaire, 3 éd., Dervy, Paris, 1996. Ce livre comprend une analyse critique détaillée, due au sociologue anglais BRYAN WILSON, des observations du rapport relatives à la Scientologie: La Scientologie et le rapport <>, ibid., pp. 277287).

La grande controverse des années soixante sur la Scientologie a donné lieu à quantité d'articles de presse et, pour finir, à quelques livres se faisant l'écho des accusations portées contre l'Eglise : mentionnons ceux de George Maiko, « Scientology, the New Religion », de Paulette Cooper, « The Scandal of Scientology », et de Robert Kaufmann, « Inside Scientology ». Elle a eu également droit à un traitement plus sympathique avec le livre d'Omar Garrison, « The Hidden History of Scientology ». Les dirigeants de l'Eglise furent particulièrement choqués par l'ouvrage de Paulette Cooper et gagnèrent d'ailleurs contre elle un important procès en diffamation.

La nécessité de contenir les attaques contre la Scientologie et de limiter leur interférence avec les activités essentielles d'audition et de formation, amène l'Eglise à créer en 1966 le Bureau du Gardien (Guardian's Office). Sa mission est de protéger l'Eglise contre les attaques extérieures et de s'assurer que l'organisation progresse selon la ligne de conduite définie dans les écrits de son fondateur.

Le Bureau du Gardien a pour objectif de traiter les obstacles au développement de l'Eglise (en priorité les problèmes juridiques et les relations publiques). Théoriquement, en isolant le reste de 1'Eglise de toute perturbation, il est censé permettre à la mission d'enseignement et d'audition de continuer en toute quiétude.

Mais dans les années soixante-dix, sous l'effet notamment de l'agitation « antisectes », le nombre de ses prérogatives se met à augmenter et le Bureau du Gardien prend un « aspect » militant. Au bout du compte, il va mettre sur pied un vaste programme de collecte d'informations, d'infiltration des organisations considérées comme hostiles et de diffusion d'informations qui, pensait-il, gêneraient les actions entreprises contre l'Eglise (« de propagande noire »).

Malheureusement, le petit groupe qui est à la tête du Bureau du Gardien commence à s'émanciper et à se croire à la fois au-dessus des lois de l'Eglise et de l'Etat, sans que le reste de l'équipe dirigeante et, plus généralement, les membres s'en aperçoivent. Pour finir, ce groupe et ses principaux acteurs commettent un certain nombre d'actes moralement répréhensibles et même illégaux.

Il est significatif d'observer que la majorité des accusations portées contre l'Eglise font référence à des actions menées par le Bureau du Gardien dans les années soixante-dix.

L'année même de la création du Bureau du Gardien, Hubbard démissionne de toutes les fonctions de direction qu'il occupait au sein de 1'Eglise et plus particulièrement de son poste de directeur général ainsi que du conseil d'administration.

Le titre de « Fondateur » lui est attribué et il se retire pour se consacrer au développement de la Scientologie et pour écrire. Bien évidemment, il conserve de nombreux liens avec l'Eglise. Ses textes sur la Scientologie sont désormais considérés comme les « Écritures » de l'Eglise ; au fur et à mesure qu'il publie de nouveaux documents, ceux-ci sont intégrés aux « manuels de référence ». Il conserve ses droits d'auteur sur l'ensemble de ses écrits et en perçoit les royalties. Mais, plus important encore, il reste et restera la source des pratiques spirituelles et de la doctrine religieuse. Enfin, il peut compter sur la loyauté des dirigeants, qui se réfèrent fréquemment à lui pour recevoir inspiration et directives (après la mort de Hubbard, cette attitude a perduré, mais cette fois, bien sûr, envers les écrits du fondateur) (Son retrait des responsabilités administratives directes, décision très courante chez les fondateurs de groupes religieux, a été interprété par les critiques comme un simple expédient pour se protéger contre des actions « définitives », espéraient lesdits critiques que les gouvernements et tribunaux étaient supposés préparer contre l'Eglise. Mais ces actions n'ont jamais été entreprises).

Les années soixante et au-delà

La prise en main de la direction de l'Eglise par d'autres que Hubbard coïncide en fait avec une réorientation de fond de ses propres préoccupations. Vers le milieu des années soixante, il avait déjà écrit une série d'ouvrages définissant les perspectives générales de l'Eglise, s'était exprimé verbalement ou par écrit de façon détaillée sur les processus de formation de la Dianétique et de la Scientologie, avait défini la structure internationale de L'Eglise et avait mis au point la charte organisationnelle qui est maintenant utilisée dans tous les centres. Tout ce travail de structuration atteignit son point culminant en 1965 lorsque Hubbard publia Le Pont vers la Liberté Totale (The Bridge to Total Freedom), le « Tableau des classifications et des grades » qui définit les étapes à suivre par les membres lorsqu'ils progressent dans leur étude de la Scientologie. Ce tableau résume sommairement les résultats de tous les développements et expérimentations menés depuis la création de la Hubbard Dianetics Research Foundation, quinze ans auparavant. Bien que certains ajouts et modifications y aient été intégrés au fil des ans, la progression pour atteindre l'état de « Clair » et commencer à devenir « Thétan Opérant » y est déjà clairement définie dans ses grandes lignes.

Les fondations ayant été solidement posées, Hubbard peut alors laisser le mouvement entre les mains des dirigeants qu'il a formés et consacrer la majeure partie de son énergie à une formulation plus complète des niveaux avancés de l'itinéraire spirituel de scientologue. C'est à cette fin qu'est créée en 1967 une nouvelle unité au sein de l'Eglise, la Sea Organization (Organisation maritime) ou, plus simplement, Sea Org.

La Sea Org fut installée à bord de trois bateaux, le Diana, l'Athena et l'Apollo, ce dernier servant de navire amiral (Flag). Ses membres furent choisis parmi les fidèles les plus dévoués de l'Eglise. Mais à la différence de Hubbard, la plupart des membres de la Sea Org n'avaient aucune expérience de la mer et il leur fallut apprendre le métier de marin.

Moins d'un mois après la création de la Sea Org, Hubbard annonce qu'il a fait une découverte majeure : la façon d'effacer les facteurs mentaux qui font obstacle à la paix et à la tolérance entre les hommes. Les matériaux qu'il révèle aux membres les plus avancés constitueraient la substance du niveau OT III, l'un des nouveaux niveaux supérieurs du « Pont vers la Liberté Totale » (Les matériaux et les enseignements pour les niveaux OT [de Thétan Opérant] de Scientologie sont considérés comme confidentiels. Ils ne sont abordés qu'en des termes très généraux dans la littérature et par les dirigeants de l'Eglise lorsque ceux-ci s'adressent à des personnes qui ne sont pas membres. Ils sont aussi devenus l'objet d'une importante controverse. Au cours des vingt dernières années, plusieurs membres ayant eu accès aux matériaux des niveaux les plus élevés ont quitté l'Eglise et les ont dérobés. Puis ils ont cherché, de différentes façons, à nuire à l'Eglise en faisant circuler des copies de ces matériaux. Simultanément, de faux documents présentés comme des matériaux des niveaux OT ont été mis au point et diffusés. En guise de réponse, l'Eglise a engagé un certain nombre d'actions en justice pour empêcher la circulation de ces matériaux, et ce en faisant valoir son copyright). La diffusion de ces matériaux sur les niveaux OT implique la formation de personnes qui non seulement maîtrisent ces niveaux, mais qui soient également capables de les enseigner. Et puisque cet enseignement va devoir être diffusé en d'autres lieux et hors des bateaux, ceux qui y ont séjourné sont envoyés dans les Organisations Avancées, à partir desquelles l'enseignement des niveaux OT est répandu dans l'Eglise.

Pour les scientologues, la Sea Org conserve un caractère un peu mythique. Il existe de nombreuses histoires sur les centaines de personnes qui ont passé quelque temps à bord des bateaux, et celles qui sont toujours en vie accordent une valeur inestimable à cette expérience unique, réservée à quelques-uns. D'autres parmi ceux qui ont vécu sur les bateaux gardent le souvenir d'une mauvaise expérience. Ils ont parfois fourni aux détracteurs de l'Eglise des matériaux « scandaleux ». En réalité, la vie dans la Sea Org était un sérieux test de loyauté et de dévouement à Hubbard et à la Scientologie.

En dépit des comptes rendus négatifs, les effectifs de la Sea Org sont passés de quelques individus sur les premiers bateaux à plus de 6000 membres aujourd'hui. Il vaut aussi la peine de signaler que lorsqu'un membre de la Sea Org s'est rendu coupable de graves infractions à ses règles mais entend en rester membre, il peut intégrer (parfois comme alternative à l'expulsion de la Sea Org) le programme de réhabilitation appelé Rehabilitation Project Force (RPF).

Ce programme, créé en janvier 1974, est resté virtuellement ignoré jusqu'aux années quatre-vingt-dix, époque à laquelle il est devenu l'un des points le plus souvent abordés par les adversaires de l'Eglise. Après avoir signé un document par lequel ils acceptent de se soumettre au RPF, les participants suivent un programme difficile et rigoureux à tous points de vue : il prévoit chaque jour (et ce six jours par semaine) cinq heures d'audition à deux (dans tout « binôme » de participants, chacun des membres se soumet à l'audition) et huit heures de travail physique, qui consiste en général à construire, réparer, repeindre, etc., des édifices et autres propriétés de l'Eglise. Le travail est principalement centré, aujourd'hui (car les premiers documents font état d'autres programmes), sur le False Purpose Rundown (Procédure sur les faux buts), où « chacun doit faire face à ses impulsions et attitudes contraires à la survie sur chacune des huit dynamiques ».

Il s'agit d'un long processus, qui explique pourquoi le RPF dure normalement un an, et parfois plusieurs années. Comme toujours à propos de programmes similaires d'autres organisations, le souvenir varie selon que l'auteur du récit est un ancien membre devenu hostile ou bien un scientologue qui, après le RPF, a été réintégré dans la Sea Org à sa plus grande satisfaction. Dans le premier cas, on souligne l'isolement par rapport à la famille et aux amis, on parle de « camp de concentration » (bien que les portes ne soient pas fermées et que chacun soit physiquement libre de s'en aller) ; dans le second, on parle d'un programme difficile mais qui donne des résultats effectifs, comme le prouverait affirme-ton le fait que des dirigeants bien connus de l'Eglise au niveau international sont passés par le RPF.

La vie en mer prit fin en 1975. D'une part, le travail pour lequel la Sea Org avait été créée était terminé et la priorité n'était à nouveau plus la découverte des niveaux avancés, mais leur délivrance véritable à l'ensemble des membres. Des permanents de l'Eglise venus du monde entier avaient embarqué pour suivre les derniers développements, mais les équipements des bateaux se révélaient très inadéquats pour faire face au nombre. D'un autre côté, plusieurs gouvernements réagissaient aux informations alarmistes diffusées sur l'Eglise par un certain nombre d'autorités dans différents pays. Ces rapports, dont on sut plus tard qu'ils avaient été fabriqués de toutes pièces, furent à l'origine d'incidents dans certains ports où les bateaux faisaient escale. Ces deux facteurs menèrent au transfert du quartier général de la Sea Org vers sa nouvelle base terrestre de Flag (Flag Land Base), en Floride.

Au cours de l'année 1975, l'Eglise fit discrètement l'acquisition d'un certain nombre d'immeubles dans le centre ville de Clearwater, en Floride, petite localité de villégiature endormie qui déclinait régulièrement au plan économique. Le Fort Harrison et l'ancien immeuble de la Banque de Clearwater firent partie des premières acquisitions. L'emménagement des équipages des bateaux dans leurs nouveaux locaux à terre s'accompagna d'une vive réaction locale à l'achat des immeubles, qui s'était fait par un intermédiaire. Les notables prirent soudain conscience que la ville allait devenir le nouveau quartier général de l'Eglise. La tentative des scientologues pour s'installer dans leur nouveau foyer ne fut facilitée ni par les attaques d'une station de radio locale, qui comparait l'Eglise à un groupe mafieux, ni par les simples opposants. En représailles, certains membres du Bureau du Gardien s'essayèrent à quelques « coups tordus » contre plusieurs adversaires. La mise au jour de leurs plans déclencha une décennie d'affrontements entre l'Eglise et ses détracteurs locaux.

Les actions du Bureau du Gardien à Clearwater, aussi répréhensibles qu'elles soient, vont bientôt s'effacer devant les révélations fracassantes d'autres activités suite aux perquisitions du 8 juillet 1977 dans les locaux de l'Eglise à Washington et à Los Angeles.

Une semaine plus tôt, un ancien membre du Bureau du Gardien, qui avait participé à une opération d'infiltration organisée dans différents services du gouvernement à Washington, s'est rendu au FBI et a raconté son histoire. Lorsque l'intégralité des événements est révélée, l'affaire donne l'impression d'un roman d'espionnage du temps de la guerre froide. Il semble que, quelques années après la création du Bureau du Gardien, un plan ait été dressé pour obtenir les documents détenus par plusieurs institutions, dont le fisc américain, l'Internal Revenue Service (IRS), et le Federal Bureau of Investigation (FBI).

L'objectif était double. D'une part, il s'agissait d'appuyer la tentative de l'Eglise de « nettoyer» les dossiers gouvernementaux de ce qu'elle considérait être de faux documents à propos de Hubbard et de la Scientologie.

Dans les années soixante-dix, l'Eglise avait fait quantité de demandes conformément à la loi de libre accès aux documents administratifs, afin de localiser les informations qui expliquaient l'attitude des autorités à son égard et qui étaient diffusées à l'étranger, causant des problèmes dans d'autres pays. Parfois frustrés devant la réticence des services gouvernementaux à leur fournir copie de leurs dossiers, ces membres du Bureau du Gardien trouvèrent fondé d'aller les chercher eux-mêmes. Ils avaient pourtant un autre motif, moins justifiable. Il semble que certains membres du Bureau du Gardien se soient mis à réunir des dossiers sur des ennemis potentiels de l'Eglise ; ils envisageaient d'utiliser ces informations pour porter atteinte à leur réputation ou pour les rendre, d'une façon ou d'une autre, inoffensifs.

Ces perquisitions aboutirent à la publication de quelque 48 000 documents et à l'inculpation de onze dirigeants ou agents du Bureau du Gardien, parmi lesquels Jane Kember, responsable du Bureau au niveau international, ainsi que l'épouse de Hubbard, Marie Sue. Finalement, les délits pour lesquels ils furent condamnés étaient relativement mineurs et les sentences, rendues en décembre 1979, allèrent de quatre à cinq ans de prison et fixèrent des amendes de 10 000 dollars. Pourtant, bien au delà des peines prononcées, les actions du Bureau du Gardien exposèrent l'Eglise à la réprobation générale de la part des responsables religieux et politiques, et la moralité de l'Eglise fut mise en doute puisqu'elle aurait permis la récupération et l'utilisation de dossiers confidentiels.

On doit pourtant préciser à la décharge de l'Eglise qu'après la sentence définitive elle démit les onze condamnés de toutes leurs fonctions dans l'Eglise et qu'il en fut de même par la suite de tous ceux qui avaient soutenu ou couvert ces agissements. Certains furent même exclus de l'Eglise. Cet incident fut l'occasion d'une grande remise en question pour les dirigeants et eut pour conséquence une réorganisation complète au plan international. Parmi les premières décisions, la direction de la Sea Org procéda à la dissolution du Bureau du Gardien.

L'Eglise de Scientologie Internationale

La révélation des activités du Bureau du Gardien provoque une crise sérieuse. L'accès aux dossiers saisis fournit les éléments nécessaires à une série de procédures civiles (même si la plupart des plaignants seront ensuite déboutés). Parallèlement, cette mauvaise publicité crée des problèmes d'image pour l'Eglise. Avant même la fin du procès, des changements internes se produisent. Parmi les dirigeants travaillant sur la réforme de l'Eglise avec l'aval de Hubbard figure alors David Miscavige, homme relativement jeune sorti des rangs de la Sea Org. L'opération «mains propres » commence par ceux qui ont été inculpés et se poursuit bientôt par la rétrogradation d'un certain nombre de cadres du Bureau du Gardien, pour se terminer finalement par le démantèlement complet de celui-ci. En 1980/1981, de nombreux changements affectent les membres du personnel ; et une recomposition de la structure de l'Eglise à son plus haut niveau est entreprise (Plusieurs personnes, ex-membres affectés négativement par les effets de la réorganisation, quittent alors l'Eglise de Scientologie et vont grossir les rangs de ses détracteurs. Le principal s'appelle JOHN ATACK, auteur de A Piece of Blue Sky [Carrol Publishing, New York-Secaucus [New jersey], 1990], aujourd'hui à la tête d'un important réseau anti-Scientologie dans le Royaume-Uni. Comme on pouvait s'y attendre, les plus touchés en bien ou en mal par les changements de 1980/1981 les ont interprétés sous des angles très différents). Cette réorganisation implique la question des droits de Hubbard sur ses livres et celle des marques déposées de l'Eglise.

Elle donne aussi naissance à deux structures juridiques clés. En 1981 tout d'abord, les Églises de Scientologie locales et les organisations affiliées sont rattachées à une nouvelle structure mère, l'Eglise de Scientologie Internationale (Church of Scientology International), qui veille désormais à l'expansion de la Scientologie à travers le monde, conseille les Églises locales dans l'application des enseignements (c'est-à-dire la « technologie ») et prend en charge la majeure partie des tâches dont s'occupait le Bureau du Gardien, notamment les relations publiques et les affaires juridiques.

La seconde structure, le Centre de Technologie Religieuse (Religious Technology Center), fait son apparition en 1982. C'est l'autorité ecclésiastique ultime au sein de l'Eglise. Dans la structure d'origine de l'Eglise, Hubbard détenait personnellement les droits et les marques déposées utilisés par les scientologues. Ces droits et ces marques sont désormais cédés au nouveau centre, qui exerce un contrôle par les licences accordées aux Églises et autres entités affiliées.

Malgré les controverses qui ont accompagné son histoire, l'Eglise a continué à grandir et à diffuser ses idées. Au début des années soixante, elle était à peine sortie du monde anglophone. Mais après la première Église en pays non anglophone, à Paris (1959), de nouvelles Églises sont fondées successivement au Danemark (1968), en Suède (1969) et en Allemagne (1970). Dans les années soixante dix, la Scientologie se répand dans toute l'Europe avec l'ouverture Églises en Autriche (1971), aux Pays Bas (1972), en Italie (1978) et en Suisse (1978). On trouve dans pratiquement tous les autres pays européens des groupes et des missions qui deviendront bientôt des Églises

En 1980, il existait des centres de Scientologie dans cinquante-deux pays. Ce nombre est passé à soixante-douze en 1992, incluant tous les pays de l'ancien bloc soviétique.

Progressivement, après avoir commencé par se retirer de la direction opérationnelle et plus encore après le transfert de la Sea Org vers la base terrestre de Flag en 1975, Hubbard transmet la direction de 1'Eglise à une nouvelle génération de dirigeants. En 1975, la majeure partie de ses recherches sur les niveaux supérieurs OT étaient terminées, même si elles ne furent diffusées aux membres ayant les compétences requises qu'au cours des dix années suivantes. Pendant les dernières années de sa vie, Hubbard ne garda un contact direct qu'avec un petit nombre de proches collaborateurs. Il s'installa d'abord en Floride, avant de se fixer dans la campagne californienne près de San Luis Obispo.

Durant cette ultime période, il consacra une attention toute particulière à deux problèmes sociaux majeurs, ce qui l'amena à développer le programme de 1'Eglise destiné aux toxicomanes, la « Procédure de Purification », et à rédiger un bref code moral pour répondre au déclin des valeurs qu'il percevait dans la société, « Le Chemin du Bonheur » (The Way to Happiness), largement diffusé par l'Eglise et ses membres.

Hubbard reprit également sa carrière d'écrivain et célébra son cinquantenaire comme auteur par la publication d'un gros ouvrage de science-fiction, « Terre Champ de bataille » (Battlefield Earth), qui eut droit à de bonnes critiques dans la presse spécialisée.

Compositeur, il sortit également un disque pour accompagner le livre. Battlefield Earth fut suivi d'une autre saga en dix tomes, « Mission Terre » (Mission Earth), dont chacun des volumes a figuré sur la liste des bestsellers du New York Times.

Hubbard s'est éteint le 24 janvier 1986. Même mort, il fait toujours parler de lui, autant que de son vivant. Après une pause pour rendre hommage à la vie de son fondateur et à ses réalisations, 1'Eglise a repris sa marche en avant.

En mémoire du fondateur, chaque Église de Scientologie possède une pièce abritant les oeuvres complètes de Hubbard, une table de travail, les fournitures nécessaires à l'écriture et un portrait de lui, comme si un jour ou l'autre il pouvait s'y présenter pour continuer son oeuvre.

 

Tiré du livre L'Eglise de Scientologie par J Gordon Melton (ISBN 88-01-02362-6)

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