Sectes : à propos d'un certain rapport parlementaire
L'arme absolue du militant « antisecte », c'est de dire que tel ou tel mouvement est classé comme une secte par le rapport parlementaire sur les sectes. Bien souvent, il dira, « la France considère tel mouvement comme une secte ». D'abord, il nous faut savoir qu'un rapport parlementaire ne représente nullement la France, ni même son gouvernement, ni même une quelconque instance juridique. Il n'engage que les quelques parlementaires qui l'ont écrit (seulement 7 personnes dans le cas qui nous intéresse). Mais ce fameux rapport parlementaire sur les sectes, publié fin 1995, mérite éclaircissements. Tout d'abord, quelques ombres au tableau : les parlementaires concernés se sont appuyés principalement sur deux sources pour compiler leurs conclusions. Les Renseignements Généraux, et les associations « antisectes », notamment l'UNADFI. Malheureusement, le directeur des Renseignements Généraux de 1992 à 2003, Monsieur Yves Bertrand, est revenu sur son travail de l'époque dans son livre Je ne sais rien mais je vous dirai (presque) tout, et a regretté l'amalgame et la dureté du rapport parlementaire (lire ici). Et Jeanine tavernier, présidente de l'UNADFI à cette même époque, a fait de même (lire ici).
Ensuite, en 2005, le premier ministre déconseilla fortement l'utilisation de la liste dressée par le rapport parlementaire. Dans la circulaire du 27 mai 2005, on peut lire : « L'action menée par le Gouvernement est dictée par le souci de concilier la lutte contre les agissements de certains groupes, qui exploitent la sujétion, physique ou psychologique, dans laquelle se trouvent placés leurs membres, avec le respect des libertés publiques et du principe de laïcité.
L'expérience a montré qu'une démarche consistant, pour les pouvoirs publics, à qualifier de « secte » tel ou tel groupement et à fonder leur action sur cette seule qualification ne permettrait pas d'assurer efficacement cette conciliation et de fonder solidement en droit les initiatives prises. »
Il semble donc délicat aujourd'hui de s'accrocher à cette liste que personne ne soutient, et pour cause, la plupart des groupes cités n'avaient jamais représenté un danger pour qui que ce soit. De toutes façons, le rapport commençait mal. Histoire de créer un climat d'insécurité et de pousser l'amalgame à son paroxysme, les auteurs rappelaient le « suicide » collectif de la communauté de Guyana en 1978. C'était sans compter sur l'ouverture des archives du FBI en 1997 (lire ici sur le site du CICNS)... Même Guyana n'était plus une valeur sûre.
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